Le Perfectionnisme (philosophique)
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Justice et reconnaissance

mardi 15 mai 2012

Faut-il souscrire à ce que dit Alain Caillé [1]

« Il n’est pas excessif d’affirmer que, en matière de philosophie politique, l’essentiel du débat théorique du dernier quart du xxe siècle a tourné autour des théories de la justice impulsées par la publication, en 1971, de l’ouvrage princeps de John Rawls, Theory of Justice. Pour les auteurs parties prenantes à ce débat, la bonne société n’est pas autre chose que la société juste… Le problème est que ces théories, aussi opposées puissent-elles être par ailleurs, ne rompent nullement avec une conception utilitariste du sujet humain et, dans son sillage, avec une survalorisation des seuls enjeux économiques. Est juste selon elles la société qui apparaît désirable aux yeux d’individus calculateurs, maximisateurs et mutuellement indifférents… Corrélativement, comme le montre Amartya Sen, plus spécifiquement à propos de Rawls, en prétendant subordonner l’organisation de la vie en société à une norme idéale inaccessible et introuvable, elles se condamnent à n’avoir rien à dire de déterminé à propos de cas concrets. Plus grave encore, peut-être : une société parfaitement juste pourrait bien être totalement indécente, comme l’a bien suggéré le philosophe israélien Avishai Margalit, humiliant les vaincus au nom de l’idéologie du mérite… L’autre grand débat théorico-politique mondial, qui se substitue peu à peu aux théories de la justice sans parvenir d’ailleurs à s’en affranchir vraiment, tourne autour des théories de la reconnaissance. Toutes les subaltern, postcolonial, cultural ou gender studies comme les théories du care, bref, tout ce qui se discute et s’élabore dans les départements de philosophie ou de sociologie des universités du monde entier, y renvoie par un biais ou par un autre. Pour elles, la société bonne serait celle dans laquelle personne ne resterait invisible, méconnu ou mal reconnu. Le problème que posent ces théories est qu’elles alimentent tendanciellement une concurrence des victimes qui exacerbe une demande de justice et de réparation potentiellement illimitée et impossible à satisfaire… »

et renvoyer ainsi dos à dos les théories de la justice et de la reconnaissance (en y incluant Axel Honneth) ?

C’est en tout cas une réflexion qui a le mérite de situer dans un monde d’où est écarté l’hypothèse de croissance illimitée (on notera au passage que la proposition du MAUSS de réduire les écarts de salaire est une idée qui a gagné les élections..).

Voir en ligne : Le convivialisme - avec Alain Caillé , Serge Latouche , Bernard Marx , Jean Baptiste de Foucault

Notes

[1] Caillé A. (2011), « Du convivialisme vu comme un socialisme radicalisé et universalisé (et réciproquement) », dans Caillé A., Humbert M., Latouche S. & P. Viveret (dir.), De la Convivialité. Dialogues sur la société conviviale à venir, Pari, Éditions La Découverte, pp. 79-81

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