Le Perfectionnisme (philosophique)
Accueil du site > Politique(s) > Les injustices réparables et irréparables

Les injustices réparables et irréparables

mercredi 20 janvier 2010

Il semble que toute la pensée politique (et morale) américaine passe par John Rawls. Le motif en est l’hommage doublé immédiatement par la contestation. Ainsi La critique d’Amartya Sen dont se fait écho le journal Libération rejoint ce l’on voit également chez le philosophe Stanley Cavell : c’est également, en effet, dans le même temps où ce dernier salue John Rawls d’avoir ouvert en Amérique et pour l’Amérique une conversation de la justice qu’il en critique de façon la plus radicale ce qu’on pourrait appeler le "contractualisme" de principe.

IL y a effectivement chez Rawls une reprise d’une théorie du contrat (qu’on trouve chez Rousseau et Kant) à laquelle se mêle une notion de délibération ou de conversation la plus anglo-saxonne. Mais ce mélange ne va pas de soi en terre américaine pour ces deux auteurs en tout cas qui ne sont pas prêts à sacrifier la Justice sur des accords de principes. Déjà si on relit Obama, on s’aperçoit qu’il prend toutes ces distances avec la démocratie délibérative. L’idée est de faire une place justement à ceux qui n’ont pas voix dans cette délibération (les minorités, les femmes,les noirs).

C’est pour cette raison que le débat regarde des deux cotés de l’atlantique. Pour le clarifier on pourrait dire la notion de démocratie délibérative en Amérique est le point d’attaque d’un perfectionnisme typiquement américain. Cette notion n’est pas à confondre exactement avec ce qui est actuellement valorisé dans une philosophie politique plus continentale (par exemple chez Habermas).

Il n’empêche que la contestation de John Rawls par ces deux auteurs (Amartya Sen souligne que la politique doit se concentrer sur les injustices réparables dans un style pragmatique, Stanley Cavell lui insiste sur les injustices irréparables en un style plus radical) devrait avoir un impact sur le courant clairement libéral qui imprègne la philosophie politique continentale.Un courant qui paradoxalement vient des Etats-Unis. Mais c’est là peut-être le signe qu’une certaine Amérique a dans ce domaine une longueur d’avance.

Voir en ligne : Les injustices réparables selon Amartya Sen

5 Messages de forum

  • Les injustices réparables et irréparables 21 janvier 2010 16:44, par philalèthe

    Je ne sais pas si vous connaissez la critique que le wittgensteinien D.Z. Phillips adresse au fameux voile d’ignorance de Rawls dans Introducing philosophy (Blackwell 1997) :

    " Some philosophers have suggested that in determining what political state is desirable, details such as those I have alluded to are irrelevant. They are the arbitrary results of historical circumstances. What we need is to ignore such factors and return to more rational deliberation. A thought-experiment will enable us to do this. We could imagine human beings behind a veil of ignorance which keeps from them all knowledge of their social status, their privileges, the social movements to which they belong, and so on. From this starting-point, behind the veil of ignorance, denuded of all such details, we could begin, through reflection, to arrive at those interests and social arrangements which would constitute the common good. But if the arguments of this chapter amount to anything, such a project will have been fatally flawed. The original position behind the veil of ignorance will be seen to be as vacuous a notion as prior consent. If we are placed behind the veil of ignorance, so far from being given a position from which rational discussion may commence, we have been separated from those contexts in which the very possibility of serious political activity or discussion is found. Such activity and discussion may often involve different political movements which exhibit different political ideals and ideas. These ideals and ideas are not approximations to or hypotheses about something called the common good. They are what they are, and that is what we need to recognize if we are to appreciate political disputes. An appeal to the common good is often no more than the illegitimate elevation of one of these movements." (p.128)

    La problématique anti-fondationnaliste (dans le fil de Über Gewissheit de Wittgenstein) est manifeste.

    Répondre à ce message

    • Sur le voile d’ignorance 26 janvier 2010 10:12, par JohnDoe

      Merci beaucoup pour cette référence que je ne connaissais pas. Je suis ravi que cette critique d’une voile d’ignorance vienne d’un wittgensteinien car la boucle est ainsi bouclée et me permet de retomber sur le moment véritablement politique du recours de Cavell à Wittgenstein. En même temps j’ai l’impression aussi que cela répond aux questions que vous élaborez vous-même autour de Wittgenstein et du langage ordinaire.

      Car là, n’est-ce pas, on voit très bien qu’il y a un motif politique de Wittgenstein auquel on ne s’attendait peut-être pas. A savoir, notamment, que si nous insistons sur le langage ordinaire (je préfèrerais dire "partagé"), l’attention au contexte et aux situations devient telle qu’il n’est pas possible justement de se confier à quelque chose comme une transcendance comme ce "voile d’ignorance" qui en est effectivement une forme d’expression. Cavell dirait, je pense, plus exactement que le voile d’ignorance exprime l’idée de ne pas vouloir savoir ce qu’en fait nous savons très bien en tant qu’êtres compromis dans cette société réelle et concrète.

      Les conséquences politiques au niveau de nos accords les plus enfouis (des accords réclamés en même temps qu’impossibles, si je comprends bien la position sceptique de Cavell ) sont effectivement importants et fort éloignées de la théorie politique telle que la développe John Rawls (et avec lui tous ceux qui parlent de discussion rationnelle, de démocratie délibérative). Il me semble que Cavell en prise avec cette idée d’un langage partagé (et qui vient aussi de Wittgenstein que d’Emerson si vous voulez) est plus apte à comprendre le politique comme œuvre de la Justice. C’est ce que j’essaie d’avancer dans les sections plus politiques de ce site consacré au perfectionnisme.

      Je vous remercie pour votre remarque.

      Répondre à ce message

    • Les injustices réparables et irréparables 9 mai 2010 20:45, par F.G

      Intéressante discussion. Il m’a toujours semblé curieux que la théorie politique actuelle ne retienne que les noms de Rawls et Habermas.

      Répondre à ce message

  • Les larmes de Stella Dallas 1er juillet 2010 11:26, par W.D

    wendding dress

    Répondre à ce message

Répondre à cette brève

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0