Le Perfectionnisme (philosophique)

Avertissement

Pourquoi ce mot de perfectionnisme ?

jeudi 23 septembre 2010, par JohnDoe

« Le diable se loge dans les détails » : ce proverbe m’a longtemps interrogé. Si le diable est dans les détails faut-il l’y chasser ou faut-il laisser là, séance tenante, l’examen des détails ? Ce proverbe nous dit-il de prêter une attention scrupuleuse aux détails ou au contraire de nous en préserver ? Connaissance ou ignorance ? Mais connaître le diable ce n’est pas se libérer de sa coupe, pas plus que son contraire (« La ruse suprême du diable, comme dit Baudelaire, est de faire croire qu’il n’existe pas ! »). Et si l’on objecte : "ni l’un, ni l’autre", c’est de la connivence et c’est pire, cela devient réellement diabolique !

Dans tous cas, le diable nous surveille comme le chat la souris.

Ecrivant autour du « perfectionnisme », je dois bien admettre que ce mot de « perfectionnisme » est déjà largement "investi" (comme on dit) et que, inévitablement, au cours de ce jeu du chat et de la souris qu’est internet, certains internautes seront désappointés par le contenu de ce site.

« Etes-vous perfectionniste ? » demande le diable. C’est la question-piège classique des entretiens d’embauche (quand vous n’avez pas vous-même avancer cette qualité-défaut pour vous faire battre). Son double-bind est redoutable : Il faut l’être car sinon vous n’êtes pas scrupuleux et on ne peut pas compter sur vous ; il ne faut pas l’être car votre souci de perfection vous rendra associable. « Perfectionniste » est en même temps un terme dont l’époque abuse dans ce qui devient une idéologie du « total respect » de la personne, dans son insistance sur le développement et l’épanouissement de soi. Le diable rôde : ce souci une fois « normalisé », « médicalisé » s’avère n’être qu’une forme de contrôle, voire d’auto-contrôle aux mains de tous contre tous. Tout en reconnaissant la nature impossible de l’injonction a « être parfait », on s’interroge sur un « bon » perfectionnisme et un perfectionnisme « toxique ». Des rubriques de psychologie en ligne bien intentionnées (revoilà le diable) nous donnent des conseils pour « gérer » notre « désir de perfection » (de même qu’ils nous apprennent à « gérer » notre stress). Fondamentalement ce qui n’est pas remis en question c’est l’injonction de l’époque : être parfait en tous temps et en tous lieux, c’est-à-dire dans toutes les divisions de la vie que nous avons nous-mêmes minutieusement agencées. Cet effort pour nous rasséréner sans jamais critiquer l’assomption de départ est touchante. Elle a aussi une odeur de confessionnal. Je me souviens effectivement d’avoir lu un texte sur internet qui mettait en garde contre l’ « excès d’attachement à la culpabilité » dans l’ardeur de bien-faire, et se servait justement de cette formule (le diable est dans les détails !) comme un mantra au nom de quelque protection de la personne religieuse (contre elle-même, donc, si j’ai bien compris... la boucle du contrôle des esprits étant ainsi bouclée).

Je n’aurais donc pas la prétention de vouloir balayer ces usages de terme de « perfectionnisme » pratiquement omniprésents dans la littérature (particulièrement française) sur internet. Je le conserve malgré tout, non pas tant parce que je m’y sens autorisé philosophiquement que parce que je désire agiter ce mot de « perfection » comme un drapeau « grammatical » aux lecteurs-visiteurs qui se soucieraient des distinctions et des différences. Quelles différences ? Celle, peut-être (par exemple) entre une obsession et une passion, ou celle (autre exemple) entre l’économie qui est sous-jacente à toutes ces versions et une certaine liberté, espérons-le, de penser ... sans autre ambition que de replacer le diable ........ dans les détails évidemment !

Portfolio

Recherche sur Google

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0