Le Perfectionnisme (philosophique)

Biographie

lundi 17 janvier 2011, par JohnDoe

C’est dans a pitch of philosophy (ensemble de conférences données à Jérusalem), l’ouvrage le plus dans sa veine biiographique que S. Cavell livre les éléments de sa vie, qu’il invite ses lecteurs à penser de façon philosophique [1]. Qu’est ce qui fait un philosophe, qu’est-ce qui fait une éducation philosophique ? Comment un philosophe devient ce qu’il est, comment se fait-il, si tant est que la philosophie est le choix le plus délibéré de soi-même ?

Stanley Cavell est né dans une famille juive d’Atlanta (Géorgie), une ville qui lui rappelera toujours à quel point le cours de l’histoire américaine fut depuis le départ marqué par l’esclavage. La famille de son père est originaire du Shtetl de Bialystok, un petit village au Nord Est de la Pologne à la frontière de la Biélorussie. Son père est nommé Goldstein lors de son arrivée aux Etats-Unis en 1905. Il fait partie de cette vague d’immigration juive d’Europe Centrale et de l’Est qui part pour échapper aux pogroms. Ne parlant qu’imparfaitement le yiddish, le polonais ou l’américain, c’est incontestablement de son père que Stanley (un prénom qu’affectionnait les familles juives nouvellement arrivées en Amérique) tient un fond de judaïsme ou d’esprit juif en même temps que sa gratitude pour cette terre de la seconde chance ou de la seconde naissance.

Stanley Goldstein en modèle de l’assimilation juive en Amérique ?

C’est l’année de sa Bar Mitzvah que son père lui révèle le véritable nom de sa famille : kawaliersky. Kawaliersky est le nom qui n’est pas le véritable nom juif puisque les juifs de Pologne étaient contraints de s’inventer un nom pour se plier aux différentes campagnes de recensement des pouvoirs administratifs de l’époque. Quoiqu’il en soit, symboliquement, c’est le nom du père que Stanley Goldstein choisira en l’américanisant pour se re-nommer Stanley Cavell.

Du coté de sa mère, Fanny segal, pianiste qui possède l’oreille absolue, Stanley Goldstein-Cavell acquiert le goût et le don de la musique. Il suit une éducation musicale. En 1943, il est réformé contre sa volonté de s’engager dans les forces armées américaines [2]à cause d’un accident à l’oreille. En 1947, il est diplômé d’un Bachelor of Arts in Music à Berkeley. Mais peu après avoir été admis à Juilliard, il renonce à ses études de musique pour commencer un cycle de philosophie à l’UCLA. Toute une éducation philosophique dont il témoigne en critiquant une certaine forme de professionnalisation de la philosophie dans le contexte culturel et politique de ces années 50-60.

A cette époque Stanley Cavell se demande comment "écrire" de la philosophie. Il s’intéresse au champ de la critique américaine notamment de signatures comme Lionel Trilling, ou celles d’intellectuels juifs new-yorkais comme Michael Fried ou Robert Warshaw. Il lit Freud et notamment psychopathologie de la vie quotidienne dans lequel il trouve une inspiration à sa propre écriture. Comme Wittgenstein à une autre époque, il va très souvent au cinéma dans lequel il trouve manifestement plus de matière à penser que dans les cours de ses professeurs. Ordinaire et écriture, donc ; deux thèmes lié chez lui, à mesure qu’il entre dans ce qu’il reconnaît comme tâche à la philosophie : un exercice de connaissance de soi, une thérapie ou une éducation de soi...

C’est vers le début des années 60 qu’il étudie avec J.L Austin à Harvard et qu’une toute nouvelle manière de philosopher, en prise avec le langage ordinaire, permet à Stanley Cavell de trouver sa voie (voix). Ses premiers essais sont une défense de son maître à laquelle il mêle l’apport de la philosophie du langage de Wittgenstein. Il écrit dans les années 70 une thèse (the claim of rationality) qu’il refondera et prolongera dans l’ouvrage majeur de cette époque : the claim of reason. Il enseigne au début à Berkeley, puis revient à Harvard définitivement.

A partir des années 80, Stanley Cavell écrit sous forme d’essais autour de thèmes qui traversent les différents champs d’études de l’institution américaine. Sa philosophie touche non seulement au Film Theory mais aussi au Gender Studies ou au Cultural Studies. La présence de plus en plus forte du texte émersonnien (préparé par une étude remarquable sur Thoreau) le pousse à identifier une dimension morale et intellectuelle qu’il appelle le "perfectionnisme" et qui est à la croisée des champs disciplinaires qu’en France on appelerait l’esthétique, la philosophie morale et la philosophie politique.

Cavell est remarié et a deux enfants (Rachel et Benjamin). Il se rend assez souvent en France ou sa pensée devient de mieux en mieux connue depuis 1995.

Notes

[1] à la manière peut-être de Ecce Homo de Nietzsche

[2] à cette épisode est lié certainement sa lecture de Pour qui sonne le glas à laquelle nous avons consacré un article

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