Le Perfectionnisme (philosophique)
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Les genres (comédie du remariage et mélodrame)

leurs grammaires en quelques lignes

dimanche 9 novembre 2014, par Pascal Duval

Comment de façon synoptique se représenter la grammaire de ces deux genres (et leur opposition) que sont la comédie du remariage et le mélodrame (dit "de la femme inconnue") ? C’est à quoi cet article est consacré où chacun peut imaginer derrière chaque ligne une image ou une séquence des films qui entrent dans ce jeu ouvert de la définition cavellienne.

La comédie de remariage :

Met en scène un couple un peu plus âgé (que dans la comédie classique), qui a déjà été formé, et va dépasser un obstacle qui était seulement dans leur propre relation. Il s’agit de les réunir à nouveau, les faire revenir l’un à l’autre ; de surmonter le passé et de projeter une vie possible.

Le genre est imprévisible, mais c’est à partir d’un ensemble de traits que se déploie le jeu d’une définition ouverte où :

  1. La femme n’est jamais une mère ; elle a peut-être une mère mais cette dernière est rarement montrée.
  2. Est nié le modèle de la comédie classique [1]) ; son père étant toujours du côté de son désir, et pas de la loi.
  3. Le récit commence dans la ville et se termine à la campagne (c’est une image du Green World shakespearien).
  4. Le couple protagoniste semble un mystère pour le monde autour d’eux du fait qu’ils semblent parler, et même en viennent à inventer, chacun le langage de l’autre.
  5. La Romance du couple protagoniste, du fait qu’il estime qu’il se connaît depuis toujours (tel un frère et sœur), prend la forme d’un arrachement à une intimité incestueuse, en milieu hostile.
  6. Un aspect mélodramatique apparaît sans assombrir la comédie.
  7. Les journaux sont importants, "comme si, comme le dit Stanley Cavell, le genre était lui-même à propos de la question de savoir ce qui est ou non "nouvelles" (news). Qu’est-ce qui affaire(s) publique(s) ? Comment en arrivons-nous à saisir le rôle et l’importance de notre vie dans ces affaires qui regardent tout le monde ?"
    • Dans le film, l’acte photographique est associé à de telles "nouvelles".
  8. Un couple plus âgé que le couple de la comédie classique (cf. plus haut),
  9. Qui a été marié et est sur le point de divorcer : le récit suit le parcours de sa reformation.
  10. Un autre homme qui offre une sécurité que le premier ne permet pas.
  11. D’une capacité presque exubérante à accepter les leçons d’humilité.
  12. "D’une intimité, comme le dit Stanley Cavell venant d’un pure conversation par laquelle l’esprit est provoqué, éduqué, empli de joie".
  13. D’un baiser final dont aucune aucune comédie ne laisse planer le caractère équivoque
  14. D’un premier pas nécessaire pour un homme qui revendique son droit à parler d’amour à sa femme et pose une exigence de réciprocité.

Le genre du mélodrame (de la femme inconnue) comme la négation du genre remariage : Le rôle des femmes est compris aussi en terme de perfectionnisme moral. La femme cependant y cherche son moi prochain mais non encore atteint, ailleurs que dans le mariage, dont les possibilités et la promesse d’une vie commune se révèlent destructeurs pour elle.

  1. L’homme auquel la femme livre ses fantasmes de transcender le quotidien n’est capable seulement que d’inspirer ces fantasmes mais ne s’engage pas.
  2. La femme est généralement représenté comme une mère.
  3. La femme est montrée en relation ou avec sa mère ou en rupture malheureuse avec elle.
  4. Il y a toujours une relation à un enfant.
  5. Si son père (ou une figure paternelle, parfois un mari) est présent, il n’est jamais du côté de son désir,mais symbolise plutôt la loi.
  6. Son désir est en conflit avec la loi, qui est représentée par un père autoritaire.
  7. L’arc de l’action tend à rejoindre son point de départ, comme une répétition, mais non de pas de la ville à un lieu de réflexion et de résolution comme dans les comédies de remariage. Souvent, les films s’ouvrent et se ferment dans la même maison. Le thème de la conversation : non pas dans l’esprit d’un combat intime, fait d’improvisations, mais une lutte solitaire faire d’ironie et d’incompréhension, "non pas comme le dit Stanley Cavell, une éclaircissement de la communication mais plutôt son assombrissement"
    • Son langage et sa conduite sont systématiquement et ironiquement mal compris.
    • La communication ou la conversation sont à tout moment interrompus par l’ironie, et cela à différents niveaux : celui du dialogue, de la composition de l’image, du mouvement de la caméra.
  8. L’éducation et son pouvoir de transformation sont thématisés.
  9. La femme rejette le mariage tout comme l’arène dans laquelle elle doit découvrir la vie pour elle-même.
    • L’exemple de Nora dans Une maison de poupée : il s’agit d’une femme qui quitte son mari et ses enfants sur la motif qu’il n’y a pas de mariage entre eux, qu’il n’est pas l’homme avec lequel entrer dans une éducation
    • elle doit partir de la maison pour trouver son éducation.
  10. Insistance sur l’arrangement et l’habillement, expressifs de la symbolique du mélodrame.
  11. Différentes conceptions du temps :
    • les comédies proposent une ouverture sur l’avenir par l’inventivité ;
    • les mélodrames dessinent "un passé figé, comme le dit S.Cavell et qui se manifeste dans le présent, compulsivement ". Un monde figée sur le vouloir-dire [2], résistant au changement ou à l’échange.
    • Le temps n’est pas celui de la répétition, mais de l’arrêt.
  12. Le passé est pas un lieu de bonheur partagé , mais abrite une malédiction tenace.
  13. Dépeint un monde pour les femmes ou de femmes : ou peut-être deux mondes, celui de la mode (femme désirable et qui le montre) et celui la religion.

— 

comédie de remariage mélodrame de la femme inconnue
Elle commence ou atteint son climax avec la menace d’une fin du mariage Le refus ou la négation du mariage
Réunir à nouveau le couple originel Le mariage comme chemin de création est transcendé et repensé
Le père de la femme est du côté de son désir Le père de la femme est du côté de la loi
La mère de la femme est rarement présente La mère est toujours présente et est un obstacle
La femme n’est jamais représentée comme une mère La femme est toujours représentée comme une mère
S’ouvre souvent sur la ville et se déplace à la campagne L’action revient et se conclue là où elle a commencé - c’est un un lieu d’abandon ou de transcendance
Le mode de la conversation joyeuse L’abandon de la conversation et de la création ou de la métamorphose de la femme. la communication est ironique
Éthique : l’éducation de la femme par l’homme La demande d’éducation et le mode de l’ironie féminine
L’homme conserve une trace de turpitude (villainy [3]) L’homme est souvent infâme ou mufle
Le passé est ouvert, partagé, et un sujet récurrent d’amusement Le passé est figé, mystérieux, verrouillé par les interdits et l’isolement
Métamorphose : le couple est exemplaire des possibilités d’une communauté expressive et joyeuse Métamorphose : la confiance-en-soi tourne cette expressivité et cette joie originellement dans une relation à soi-même

Voir en ligne : L’article (en anglais) non signé de Harvard.edu

Notes

[1] qui est en fait la new comedy (et non la old comedy) de Johnson

[2] Cela est fondamental dans mon optique et j’applique cette idée à l’analyse d’un film de Claude Sautet : un cœur en hiver

[3] cf aussi un tel exemple dans mon analyse d’un coeur en hiver

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